Sarah McCoy

Blues Folk Jazz | Nouvelle Orléans (USA)
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(c) God Save The Screen 


Sarah McCoy a passé une bonne partie de sa vingtaine à jouer du piano et à chanter dans des rades infestés de mouches, où il faisait plus chaud qu’en enfer, à la Nouvelle-Orléans - des endroits où le chaos correspondait à la vie sur la route qu’elle vivait depuis l’âge de vingt ans. Aujourd'hui, à 33 ans, elle perpétue une tradition perfectionnée par Tom Waits, Amy Winehouse, Leon Russell et Nina Simone, qui ont transformé en épopées les ruines de vies en perdition.

 

Blood Siren, son premier pas dans un grand label, capture le gémissement hanté de Sarah, un son qui frissonne et touche le cœur. Les chansons, qu'elle a écrites, sont aussi intimes et sans filtre que des notes dans un journal. « Je n'aime pas qui je suis / qui j'ai été / ou qui je serai ... Chère maman, il n'y a plus que toi pour prier / pour prier pour moi. » Ses paroles, d'après le journaliste musical Brett Milano, « sont les témoignages d’une survivante, pleins de références à des espoirs anéantis et à des amitiés perdues,  interprétés avec une détermination farouche. » Parfois, ses images sont aussi riches et éclatantes que celles de William Faulkner: « C'était le souffle de doux oliviers / Trempés par la chaleur de l’été / Comme ils soulèvent leur souffle dans la rue / Et se balancent aux pieds des abeilles. » 

 

Les producteurs Chilly Gonzales et Renaud Letang créent une atmosphère nocturne. Il y a Sarah au piano et à la guitare, des touches de violoncelle et de célesta, des sons électroniques et beaucoup de silence, ainsi qu’une voix qui résonne comme si elle était seule dans sa chambre. Toute cette brutalité se tient à l’écart du brillant robotique à réglage automatique de la pop contemporaine.

 

Mais ce n’est pas ce dont Sarah parle. Elle est née à Pine Plains, dans l’État de New York - (2 473 habitants au dernier décompte de la population) – fille d’une « religieuse défroquée, poète et enseignante », et d’un ancien combattant à la santé fragile. Quand Sarah était petite, la famille s’installa dans le climat plus chaud de Charleston, en Caroline du Sud. Ses parents lui promirent « des alligators et des noix de coco » et, durant son enfance, Sarah aima vivre près de la plage.

Et puis elle dut faire face à la mort de son père et de sa grand-mère à quelques jours d'intervalle.

Son salut fut un piano, qui appartenait auparavant à la défunte épouse d'un « gentil ami de la famille ». Sarah étudia la musique classique, puis commença à écrire des chansons qui reflétaient son état d'esprit triste et sombre. À la fin de son adolescence, déclare-t’elle: « J'ai découvert que je pouvais chanter tout en essayant de rester éveillée au volant. » Adolescente, Sarah était une fille étrange et introvertie, vêtue de noir et en guerre avec sa mère (« Seigneur, aimez-la, car je n'était pas un enfant facile! »). La séparation d’avec son petit et meilleur ami la rend d'autant plus impatiente de quitter Charleston – « pour poursuivre les rêves morts des années soixante et fuir ma propre réalité. J'avais juste besoin de voir ce qu'il y existait ailleurs. » Sarah fait de l'autostop en Californie. Armée d’une guitare, elle commence à jouer à San Diego, chantant la chanson du nomade ultime, « Me & Bobby McGee». Pendant une longue période de canapé-surf et de squat dans des bâtiments abandonnés, Sarah se rend à Monterey, où elle « pendant quatre ans. Là-bas, elle fait la manche en jouant dans la rue, joue du piano dans un bar «contre des quesadillas »; enchaine les petits boulots; vit dans des camionnettes; et fait un album qui a disparu.

 

Aujourd’hui, elle n’est pas très fière de ce qu’elle était devenue à ce moment-là.

Plus que tout, une « relation toxique », comme elle l'appelle, affecte son comportement envers presque toutes les personnes qui s'intéressaient à elle.

Un jour, alors qu’elle touché le fond, elle rencontre le guitariste Salvatore Geloso, qui traversait la ville. « »Après avoir passé un après-midi à recevoir un pur réveil spirituel à travers sa musique et ses paroles, raconte Sarah, Sal m'a dit que si jamais je voulais le trouver, il fallait que je vienne à la Nouvelle-Orléans. »

 

En février 2011, elle et sa meilleure amie, Alyssa Potter, joueuse de glockenspiel, font le voyage vers la Nouvelle-Orléans avec une voiture que Sarah avait achetée à l'une de ses sœurs de route pour 500 dollars. Sarah retrouva Sal et mais également un refuge. « L’une des nombreuses choses qui ont fait que je me suis sentie un peu chez moi à la Nouvelle-Orléans, c’est que tout le monde y est un peu fêlé. Vous n’êtes jamais le plus fou qui marche dans la rue. Il y a toujours quelqu'un de plus fou ou de plus brisé, ce qui crée beaucoup de sympathie dans ce « pays des jouets inadaptés ».

 

Elle fait la manche avec Alyssa et joue aussi dans n'importe quel endroit qui les accepte, « je me retrouvais dans des bars vides chantant devant trois ivrognes pendant deux heures. En été, je chassais les mouches de mon visage entre deux chansons. Mes doigts glissaient dans des flaques de sueur laissées sur les touches du piano et mes chaussures collaient au whisky sucré répandu par terre. »

 

À l'époque, le Spotted Cat Music Club, près du quartier français, l’engage pour jouer deux jours par semaine à l’heure de l’apéritif. C'est là que Sarah commence à trouver maladroitement son chemin. « Je jouais tout ce que j'avais écrit, effrayant ou ringard, ainsi que quelques reprises mal fichues », explique-t-elle. Elle forme un groupe pour l’accompagner, les Oopsie Daisies, dont les membres vont et viennent. Un bassiste Alvin (Dizzy) Rucker jouait sur « une grande bassine Tupperware avec un manche à serpillère relié à une seule corde de basse. » Alyssa joue du glockenspiel, et Sal de la guitare. « J'ai longtemps joué sans microphone. Je chantais même dans un seau en zinc pendant un moment, » explique Sarah.

 

« La Nouvelle-Orléans est tellement riche en sons ambiants chargés d'émotion que cela seul a changé la façon dont et ce que je voulais jouer. Ma musique est devenue de plus en plus sombre et désespérée, juste à cause de ce que je ressentais lorsque j'écoutais de l'eau sous des barges, par exemple. » Et si cela ne suffisait pas pour attirer l'attention des gens, elle se couchait sur la scène, et, les jambes en l'air, soulevait Alyssa pour qu’elle continue à jouer en équilibre instable.

 

En 2013, le réalisateur français Bruno Moynié, qui est maintenant le Manager de Sarah, la découvre au Spotted Cat, tourne avec enthousiasme un petit film documentaire, et organise dans la foulée une tournée de concerts en France. En janvier 2014, OffBeat, le magazine de musique de la Nouvelle-Orléans, remet son prix annuel « Best of the Beat »; Sarah y est nommée meilleure artiste émergente.

Les autres catégories comprenaient Cyril Neville (des Neville Brothers), Jon Batiste, Jason Marsalis et Tab Benoit. « Je m’en fichait de ne pas gagner" », dit-elle maintenant. « J'ai chanté mes deux chansons et puis j'ai pris mon avion pour la France. C'était génial ! »

 

Et pendant trois ans, ce ne fut que des allers et retours. En avril 2017, Sarah fait la première partie à Paris du compositeur-interprète britannique Jarvis Cocker et de Chilly Gonzales, producteur et pianiste expérimental pop-classique primé aux Grammy Awards, qui lançaient leur album commun chez Deutsche Grammophon, « Room 29 ».

« Dieu seul sait ce que l’on pouvait penser en voyant une femme serpent avec des crocs hurler au piano dans une salle de bal baroque tandis qu’un lutin fantomatique aux yeux blancs tient un miroir devant son visage reptilien, » dit maintenant Sarah.

« Néanmoins, Chilly Gonzales m'a invitée à faire un test d'enregistrement dès l'après-midi suivant avec son ami producteur, Renaud Letang. »  Letang, d'origine iranienne et basé à Paris, est l'architecte derrière les enregistrements d'artistes du monde entier: Feist, Manu Chao, Seu Jorge, Jane Birkin et Jamie Lidell.

 

En octobre de la même année, Sarah déménage à Paris.  En février 2018, elle, Gonzales et Letang enregistrent « Blood Siren ». L'album est plein de détails saisissants. Sur des morceaux comme « Someday » et « Mamma’s Song », le jeu de Sarah prend un son de piano-jouet étrange qui souligne le désespoir enfantin des chansons. « La mort d'un merle, » un solo de piano, est le son de la solitude; cela témoigne de ses débuts en formation classique.

 

« J'ai commencé à l'écrire à l'école d'art où j’étais à 14 ans. Il s'agissait de regarder mon père sombrer dans la maladie. Cela a aussi pris beaucoup de sens pour moi au fil des ans, car il semble que j’y ai toujours ajouté quelque chose lorsque j’avais mal. »

« Devil’s Prospects » est un conte vaudou de la Nouvelle-Orléans; il sent le gin et humidité, l'air moite de la nuit. « C’est Renaud, Chilly et moi-même qui applaudissons, » explique Sarah. « J'ai ces grosses Dock Martens blanches que je portais tout l'hiver, c’est avec ça que j’ai fais ce son de piétinements. Ensuite, nous avons eu Vincent [Taurelle, qui joue du synthétiseur modulaire], qui a électrifié le tout pour vraiment donner un bon coup de pied.  Dans « Fearless », elle est la vagabonde qui est prête à tout, même à la mort (« Je vais monter sur le cheval noir appeler le destin / dans le tout dernier coucher du soleil »). Le morceau, ajoute-t-elle, est « saupoudré de la magie électrique de la signature de Renaud » pour lui donner un frisson supplémentaire.

 

Après tant d'années passées à vivre à la limite, Sarah entretient désormais des relations amicales avec le personnage sombre et intense qui apparaît dans l'élégante œuvre d'art de Blood Siren. « J'aimerais que les gens sachent que leur monstre existe aussi chez d'autres personnes. »

 

 

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